Conseils d’éditeurs

Conseils d’Anne Carrière – Éditrice

 

Anne CarrièreFille de l’éditeur Robert Laffont, Anne Carrière a fondé les éditions qui portent son nom avec son mari, Alain Carrière, en 1993. Un an plus tard, en 1994, ils publient L’Alchimiste de Paulo Coelho, un titre qui devient rapidement un immense succès. Suivront en autre Laurent Gounelle, Robert Goolrick, Yannick Grannec (Talent à découvrir Cultura 2012) ou encore tout récemment Marie Lopez (#Enjoyphoenix).

Quels sont les éléments les plus importants qui vous décident à éditer un livre ?

Le fait de prendre un manuscrit et de ne pas pouvoir arrêter sa lecture car l’histoire me touche, m’interpelle, me fait voyager ou rêver.
Si c’est un essai ou un témoignage : être intéressée par le sujet, découvrir de nouvelles idées.
Surtout, me mettre à la place du grand public : cette histoire va t’elle lui plaire?
Il faut faire confiance en son instinct. J’aime cette phrase de Saint Exupéry : « L’avenir, on ne peut le prévoir, mais on peut le permettre »
Nous avions tiré « l’Alchimiste » de Paulo Coelho à 3 000 exemplaires. Nous en avons vendu 3millions 700 000 exemplaires.

Combien de manuscrits recevez vous chaque année et combien en publiez vous parmi eux ?

Nous en recevons environ 2000. Nous en publions entre 3 et 5.

Quels conseils donneriez-vous à un auteur qui veut être publié ?

La première recherche que doit faire un auteur qui veut se faire publier est de trouver un éditeur qui corresponde à son texte. Il peut chercher sur Internet le catalogue des éditeurs, aller en librairie pour se faire une idée ou acheter un exemplaire du magazine Livres Hebdo qui, chaque année, fait un numéro spécial sur les éditeurs et liste leurs collections. Il faut donc cibler son envoi. Il vaut mieux envoyer son manuscrit par la poste que par mail : les éditeurs ne peuvent pas tout imprimer.

Quels sont les défauts rédhibitoires qui vous font refuser un livre ?

Les trois quarts des manuscrits que l’on reçoit sont « sur-écrits ». Les personnes qui écrivent ont besoin de reconnaissance et ont peur que l’on ne les trouve pas assez « intellectuels » alors ils en font trop, et rajoutent des verbes , adverbes et autres et racontent des histoires incompréhensibles . Si je ne comprend pas , je me dis que le grand public ne comprendra pas non plus.
Souvent aussi, les histoires sont trop personnelles. Il faut partir de soi pour aller vers les autres mais beaucoup partent d’eux mêmes pour retourner vers eux-mêmes.

Quel est le roman le plus marquant que vous avez reçu par la poste ?

Je ne peux pas répondre à cette question car je ferais des jaloux !! Les auteurs sont souvent jaloux les uns des autres et je dois leur faire croire qu’ils ont tous un énorme talent. Donc pas de préférence.

Avez-vous remarqué des « tendances éditoriales » du moment ?

Beaucoup d’éditeurs vont sur le net pour trouver de nouveaux auteurs venus de l’autoédition. Nous avons eu un gros succès avec le livre de Marie Lopez « Enjoy Marie » qui avait un blog sur Twitter.
Beaucoup d’auteurs parlent de leur vécu : les gens connus ( acteurs, présentateurs télé, etc. ) peuvent se le permettre car leur livre sera mis en avant.
Pour le reste, peu de changement : amour, polar, littérature érotique.

Avez-vous une ligne éditoriale spécifique ?

Je suis née dans l ‘édition puisque mon père était Robert Laffont. J’ai fait mienne sa devise : « Des livres ouverts sur la vie »
J’ai publié beaucoup de gens connus dans des domaines très différents : Sœur Emmanuelle, qui est une des personnes qui m’a le plus marquée. Elle disait : « Je suis une goutte d’eau dans l’océan », oui mais quelle goutte !!
Le footballeur Lilian Thuram car j’aime le foot.
Le rugbyman Jean-Pierre Rives car j’aime le rugby.
Serge Lama, Alice Dona, Mylène Farmer, des médecins , vétérinaire, le pédo- psychiatre Marcel Rufo et tant d’autres…
Beaucoup de témoignages touchants : un garçon aveugle, un tétraplégique, un alcoolique.
Et puis des livres coup de cœur : romans, policiers, livres de psychologie ,etc.

 

Conseils d’Héloïse d’Ormesson – Éditrice

 

Héloïse d'OrmessonLa littérature coule dans le sang des d’Ormesson. Si le père écrit, la fille a fait la choix d’éditer. Depuis 2004, forte d’une expérience forgée chez Flammarion, Denoël, Robert Laffont et Gallimard, Héloïse d’Ormesson dirige la maison d’édition qui porte son nom. Tatiana de Rosnay, Nicolas Barreau, Émilie de Turckheim sont parmi auteurs qui figurent aujourd’hui au catalogue des éditions Héloïse d’Ormesson.


Quels sont les éléments les plus importants qui vous décident à éditer un livre ?

Plusieurs paramètres rentrent en ligne de compte, notamment, l’efficacité du scénario et la beauté de l’écriture. Le charme du manuscrit, son originalité. Mais avant tout je me mets dans la peau du lecteur et je goute au plaisir de la lecture, qui est évidemment déterminant.

Combien de manuscrits recevez-vous chaque année ?

Plus de 2 500 manuscrits français et étrangers confondus.

Quels conseils donneriez-vous à un auteur qui veut être publié ?

Allez en librairie et repérez les éditeurs qui publient votre type de littérature. Ciblez votre envoi. Dans votre lettre de présentation référez vous aux publications de la maison et si possible inscrivez vous dans l’une des lignes éditoriales de la maison à laquelle vous vous adressez.
Surtout avant d’écrire il faut énormément lire.

Quels sont les défauts rédhibitoires qui vous font refuser un livre ?

Plus de la moitié des textes que l’on nous soumet ne sont pas construits, ni vraiment écrits. Un livre est tenu par une langue qui doit être travaillée.

Quel est le roman le plus marquants que vous avez reçu par la poste ?

Difficile de se limiter à un roman, nous avons reçu de nombreuses pépites par la poste au cours de ces 10 ans. Je n’en mentionnerai que 3, Le Resquilleur du Louvre de Bernard Chenez (qui nous avait adressé son manuscrit sous pseudonyme), Deux Zébres sur la 30 ème rue de Marc Michel-Amadry et Le Joli Mois de mai d’Emilie de Turckheim, envoyé en 2009, auteur phare de notre rentrée littéraire 2015, qui nous a confié depuis 4 romans.

Avez-vous remarqué des « tendances éditoriales » du moment ?

L’érotisme et le témoignage d’adolescente.
Mais nous ne recherchons pas chez EHO à suivre les tendances.

Avez-vous une ligne éditoriale spécifique ?

Pour la fiction : le romanesque de qualité.

 

Conseils de Florian Lafani – Éditeur chez Michel Lafon

 

Florian LafaniFlorian Lafani est éditeur chez Michel Lafon. Agnès Martin-Lugand, Maxence Fermine, Angélique Barbérat ou Alice Quinn figurent, entre autre parmi, les auteurs qu’il édite. Une de ses spécialités est la prospection d’internet à la recherche de nouveaux talents littéraires. Il est également le co-auteur, avec Gautier Renault, de Trouble(s) un roman policier paru au livre de poche en 2014.

Cherchez-vous sur internet des romans que vous allez ensuite éditer chez Michel Lafon ?

Oui, c’est pour nous un lieu vaste sur lequel nous sommes persuadés qu’il existe de nouvelles voix à faire émerger. C’est stimulant même s’il est parfois difficile de s’y retrouver dans la multitude des plateformes existantes.

Quels sont les éléments les plus importants qui vous décident à éditer un livre ?

Évidemment le texte avant tout, car c’est le seul élément qui fera en sorte qu’un bouche-à-oreille se mette en place. Mais la réussite d’un livre c’est aussi une alchimie avec un titre, une couverture, un résumé. Il faut que l’ensemble soit cohérent et puisse sortir du lot pour interpeller les potentiels lecteurs.

Quels conseils donneriez-vous à un auteur qui veut être publié ?

De se concentrer sur son texte et aussi de bien identifier les maisons d’édition qui lui paraîtraient susceptibles d’éditer son texte. Trop d’auteurs envoient encore leur manuscrit sans réfléchir, ce qui est une perte de temps et d’argent, à même de générer un désespoir malvenu.

Quels sont les défauts rédhibitoires qui vous font refuser un livre ?

Le niveau de langage, l’écriture. Bien sûr que nous pouvons retravailler un texte avec un auteur, mais s’il n’y a pas un style déjà construit, il paraît illusoire de se dire que la collaboration sera fructueuse.

Quel est le roman le plus marquant que vous avez découvert sur un site d’autoédition ?

Si le plus marquant veut dire qui a eu le plus de succès, alors c’est évidemment Les gens heureux lisent et boivent du café d’Agnès Martin qui, en trois ans, s’est vendu à plus de 400 000 exemplaires toutes éditions confondues, et qui devrait être bientôt adapté au cinéma par la Weinstein Company, les producteurs notamment de The Artist.

Avez-vous remarqué des « tendances éditoriales » du moment ?

La veine feel-good est toujours très dynamique, tout comme celle du polar psychologique.

Avez-vous une ligne éditoriale spécifique ?

Non, pas vraiment. Notre ambition est simple : peu de romans, mais leur donner à chaque fois toutes les chances de toucher un large public.