Conseils d’écrivains

Conseils de Jean-Michel Guenassia – Écrivain

 

Jean-Michel GuenassiaJean-Michel Guenassia est l’auteur de trois best-sellers, Le club des incorrigibles optimistes, le roman phénomène – tant critique que public – de la rentrée littéraire 2009, récompensé par le Goncourt des lycéens, La vie rêvée d’Ernesto G. et Trompe-la-mort. Il a fait partie de la sélection Talents à découvrir Cultura en 2009.

Quels conseils donneriez-vous à un auteur qui veut être publié ?

De ne pas chercher à écrire pour être publié. On écrit pour soi, d’abord. Si on est publié, tant mieux, mais le livre est là, même s’il n’est pas publié et il vous appartient. Ensuite, il faut BEAUCOUP travailler. Ça veut dire recommencer autant de fois qu’il faut pour avoir le sentiment d’arriver au mieux de ce qu’on pense être capable d’écrire. L’écriture est rarement spontanée. Quand on discute avec des auteurs, on se rend compte que le texte qu’on lit est le résultat de milliers d’heures de travail.
Le meilleur conseil que je puisse donner est de lire La poétique, d’Aristote (en téléchargement libre sur internet) , il y a un certain nombre de paragraphes de ce court texte qui n’ont pas d’intérêt direct pour nous, mais l’essentiel est CAPITAL, pour qui veut écrire ; cela permet de comprendre mieux la dramaturgie. TOUT y est. Si on arrive à comprendre et à assimiler ce qu’il explique, alors on arrive à maîtrise la dramaturgie, on se rend compte alors que Hollywood n’a rien inventé. J’ai lu ligne à ligne ce texte, des dizaines de fois. Encore aujourd’hui, avant de me lancer dans l’écriture d’un roman, je le relis.

Comment avez-vous réussi à faire publier votre premier roman ?

Je l’ai envoyé par la poste à dix éditeurs. J’ai eu la chance d’avoir plusieurs réponses positives et de pouvoir choisir mon éditeur. J’ai découvert alors le système de lecture. TOUS les manuscrits sont lus. Au moins le début, au moins cinquante pages. Après, il y a un facteur chance qui intervient certainement, mais il est finalement assez faible, car un texte qui reçoit un avis favorable doit en avoir au moins un ou deux autres… , ce qui limite le facteur chance.

Avez-vous des rituels d’écriture ?

Je ne peux pas travailler sans musique. Certaines sont plus propices que d’autres. Je change d’humeur et de musique sans arrêt.
En réalité, le temps d’écriture véritable est peu important, deux trois heures maximum par jour. Car cela demande une telle concentration que c’est difficile de travailler plus ; alors on fait de la révision, on relit, on corrige, on réécrit. Maintenant, j’écris le matin, et je révise l’après-midi, question de fatigue.

Quelles sont vos relations avec vos personnages ?

A un moment dans l’écriture, les personnages commencent à exister vraiment et deviennent autonomes, ils décident de ce qu’ils font, et ce n’est pas forcément ce que vous aviez prévu. C’est à ce moment que le roman devient vivant et s’anime.

Quand avez-vous su que vous deviendriez écrivain ?

J’ai toujours écrit, sans vouloir ou imaginer que j’allais devenir écrivain. J’ai quitté mon travail pour devenir scénariste, cela a duré 25 ans, j’ai pendant cette période écrit une trentaine de scénarios pour la tv, un polar qui a été publié, deux romans qui ont été refusé partout, des pièces de théâtre, des articles de journaux, etc. Mais j’ai continué, et j’ai mis vingt ans à comprendre vraiment ce qu’il y a dans La Poétique, à l’appliquer et à le maitriser.

 

Conseils de Philippe Besson – Écrivain

 

Philippe BessonDepuis Son frère, publié en 2001 et adapté dans la foulée par le réalisateur Patrice Chéreau, Philippe Besson, auteur, entre autres, d’En l’absence des hommes, L’Arrière-saison, Une bonne raison de se tuer, De là, on voit la mer et La Maison atlantique, est devenu un des auteurs incontournables de sa génération.

Quels conseils donneriez-vous à un auteur qui veut être publié ?

On sait la réalité comptable : beaucoup d’aspirants, très peu d’élus. On sait les craintes : que tout ne soit qu’une affaire de connivence, que de grands textes passent inaperçus dans le flot du courrier. Pourtant, je peux témoigner qu’un livre envoyé par la Poste sans que l’auteur connaisse qui que ce soit dans le monde de l’édition est susceptible de susciter l’intérêt d’un premier lecteur, puis d’un éditeur et d’être publié un jour. Car c’est précisément ce qui m’est arrivé avec En l’absence des hommes. Pour l’anecdote, mon premier lecteur chez Julliard n’était autre que l’écrivain Arnaud Cathrine. Mon conseil est donc de ne pas céder au découragement ou à la paranoïa. Par ailleurs, aujourd’hui, il existe d’autres manières de faire connaître son travail, et notamment via les réseaux sociaux. Mais la question essentielle est ailleurs : elle tient à la qualité du texte. Tout auteur cherchant à être publié doit, selon moi, s’interroger sur lui-même : ai-je un univers ? quel est mon propos ? est-ce que je raconte une histoire ? est-ce que mon maniement de la langue s’apparente à un style ? J’ajouterai que les premiers romans nombrilistes, auto-fictionnels me tombent des yeux. M’intéressent bien davantage les auteurs qui font fiction, inventent d’emblée une histoire, des personnages, font entendre une voix qui n’est pas la leur « dans la vraie vie ».

Avez-vous des rituels d’écriture ?

J’aime m’exiler pour écrire. En l’occurrence, je pars m’installer plusieurs mois par an en Californie. La distance (9000 km) et le décalage horaire (neuf heures) me permettent de me débrancher de la réalité française et de mon existence sociale. Le fait d’écrire en français dans un pays qui ne le pratique pas et où je n’entends que des paroles prononcées dans une langue étrangère à la mienne m’installe dans une bulle, propice à l’écriture.

Quelles sont vos relations avec vos personnages ?

Je deviens eux. Très souvent, mes romans sont écrits à la première personne du singulier, et au présent. Je suis le narrateur. Or le héros de l’histoire n’est jamais moi, ne me ressemble pas. Je dois donc devenir cet autre, me glisser en lui, l’incarner, trouver sa voix, sa gestuelle, son apparence. C’est un bonheur immense de vivre une autre vie que la sienne. Sans les romans, je n’aurais jamais été une femme quittée, un noyé à Florence, la sœur de Rimbaud, un flic amoureux à L.A., ou un fils cruel sur un rivage atlantique.
J’ai aussi besoin de les aimer, mes personnages, de me sentir en sympathie, en empathie avec eux. Du coup, devoir les quitter, une fois que le livre est achevé, est très souvent un déchirement.

Quand avez-vous su que vous deviendriez écrivain ?

Le jour où dans un café de Montréal, en septembre 1999, j’ai écrit ce qui allait devenir la toute première phrase du tout premier livre : « J’ai seize ans, je suis né avec le siècle ». J’ai compris que se jouait une aventure plus grande que moi, que mon existence venait de basculer irrémédiablement.

 

Conseils de François Roux – Écrivain

 

François RouxFrançois Roux est auteur de romans, de pièces de théâtre et metteur en scène de théâtre. Son premier roman, La Mélancolie des loups, a été publié en 2010 aux Éditions Léo Scheer. Son dernier roman Le bonheur national brut a été très remarqué lors de la rentrée littéraire 2015. Il a fait partie de la sélection Talents à découvrir Cultura et a été sélectionné pour le Prix des libraires.

Quels conseils donneriez-vous à un auteur qui veut être publié ?

Il faut surtout bien cibler les maisons d’édition où l’on envoie son manuscrit. Actes Sud, par exemple, ne publie pas du tout les mêmes romans que Gallimard ou Albin Michel. Il faut se renseigner sur les collections, les auteurs, l’esprit général de chaque maison.
Bien sûr, statistiquement, on a plus de chance d’être édité dans une grande maison qui publie beaucoup de nouveaux auteurs que dans une petite maison qui en publie très peu, mais ce qui est essentiel c’est que l’œuvre que l’on envoie soit en parfaite adéquation avec la politique éditoriale de l’éditeur.
La lettre d’accompagnement peut aussi se révéler importante. Il faut qu’elle soit juste et sincère. Elle ne doit pas nécessairement faire trois pages. Peu sera toujours plus apprécié que trop.
Et puis, malgré tous les échecs que l’on essuie, malgré toutes les lettres préformatées que l’on reçoit, il ne faut jamais, jamais cesser d’y croire.

Comment avez-vous réussi à faire publier votre premier roman ?

Pour mon premier roman, La Mélancolie des loups, j’avais un contact chez Leo Scheer. Je lui ai envoyé le manuscrit, elle l’a fait circuler, ils l’ont accepté.
Mon second roman, Le Bonheur National Brut, un gros pavé de 700 pages, je l’ai envoyé par la poste à plusieurs maisons d’éditions, sans aucune recommandation. J’ai reçu une réponse positive d’Albin Michel un mois plus tard (et pas mal de réponses négatives avant et après cette date). Comme quoi ça existe.

Avez-vous des rituels d’écriture ?

J’écris, en général, du lundi au vendredi, de 9 heures du matin à 5 heures de l’après-midi. Évidemment tout ce temps n’est pas passé à écrire, loin de là. Souvent, il n’est même pas productif du tout. Des fois, cela marche, d’autres fois non. L’important pour moi, c’est de m’y atteler, quel que soit le résultat. Mon cerveau a besoin d’un certain entraînement pour être efficace.

Quelles sont vos relations avec vos personnages ?

Au début de l’écriture, j’essaie d’en connaître le plus possible sur eux, même ceux qui resteront au second plan. Je veux savoir d’où ils viennent, ce qu’ils font, ce qu’ils aiment, ce qu’ils détestent, leurs défauts, leurs faiblesses. J’ai besoin de les identifier complètement pour ensuite pouvoir me glisser dans leur peau. C’est réellement ce qui se passe au bout d’un moment, je deviens eux, je suis capable de parler à leur place.

Quand avez-vous su que vous deviendriez écrivain ?

Je crois que, depuis l’âge de 20 ans, j’ai toujours souhaité écrire. Je l’ai d’abord fait pour le cinéma de court métrage, pour mes propres films que j’ai scénarisés, dirigés, produits. Puis encore pour le long métrage, sans grand succès malheureusement. Enfin pour le théâtre, qui est un art que j’adore et où le texte est en perpétuelle évolution quand il est pris en charge par les acteurs. Mon premier roman, je l’ai écrit très tard, passé 50 ans. Comme quoi, il ne faut jamais désespérer !

 

Conseils de Fabrice Humbert – Écrivain

 

Fabrice HumbertFabrice Humbert est l’auteur de plusieurs romans dont Autoportraits en noir et blanc, Biographie d’un inconnu, L’Origine de la violence (Prix Renaudot du livre de poche et Prix Orange), La Fortune de Sila (Grand Prix RTL-Lire) et Eden Utopie. Il fait partie des auteurs les plus talentueux de sa génération.

Quels conseils donneriez-vous à un auteur qui veut être publié ?

Beaucoup lire, beaucoup écrire et être animé d’une persévérance sans défauts. Tous les écrivains sont différents mais tous sont d’une persévérance hors-normes.

Comment avez-vous réussi à faire publier votre premier roman ?

J’ai envoyé 3 romans chez Plon où je connaissais par hasard quelqu’un: le premier n’a pas été considéré. Au deuxième, ils m’ont fait venir, au troisième ils m’ont publié. Bref, persévérance !

Avez-vous des rituels d’écriture ?

Pas de rituels mais j’aime travailler le matin, quand je suis en forme. L’écriture réclame beaucoup d’énergie je trouve.

Quelles sont vos relations avec vos personnages ?

Les personnages sont souvent des projections de moi-même. Des vies multiples en somme.

Quand avez-vous su que vous deviendriez écrivain ?

Je le raconte dans Eden Utopie. A la suite d’un long conflit intérieur de plusieurs années, dans une petite chambre en Angleterre.